
Qui va à la chasse... retrouve sa place
Un grand nombre des personnes qui entament un travail thérapeutique en psychogénéalogie amènent dans leurs bagages un mal-être persistant, entêtant et douloureux comme une écharde sous la peau qu’on ne parvient pas à extraire. Ce malaise récurrent et limitatif se traduit par le sentiment dérangeant de ne pas être à sa place, d’être un extra-terrestre incompris au cœur même de sa propre famille, d’être toujours le mouton noir honni ou la cinquième roue du carrosse. Et bien souvent, qui dit manque ou absence de place dans le noyau familial dit aussi contagion vers les autres sphères de la vie quotidienne… Comment fonder un couple équilibré quand on pense ne pas exister en tant qu’individu ? Comment récolter les fruits de son travail quand on est (se sent ?) transparent au bureau ? Comment se faire entendre ? Comment être payé à sa juste valeur quand justement on croit ne rien valoir ?
Simple ressenti ou exclusion effective, cette absence de place fait mal. On se sent perdu, détaché de cette famille qui nous manque tant et avec laquelle le lien s’effiloche inexorablement. Si seul au milieu des autres dont le regard se détourne ou se charge de reproches. Perdu dans un monde qu’on ne peut comprendre mais dont on rêve de faire partie. Dissout. Transparent. Inexistant.
« On ne peut jamais se débarrasser de ce qui fait partie de nous-mêmes, même si on le rejette » Johann Wolfgang Von Goethe
L’effroi suscité par le bannissement réel ou fantasmé n’est pas un fait nouveau. Il tire ses origines dans les strates les plus profondes de l’histoire de l’homme. A l’aube de son existence dans un monde de tous les dangers, l’être humain ne valut sa survie que grâce à ce qu’on appelle communément l’instinct grégaire. C’est le troupeau, cette famille élargie, qui lui permit de se protéger des prédateurs, de subvenir à ses besoins puis d’entamer l’évolution qu’on lui connaît. Et aux prémisses de l’humanité, pas une sanction n’était plus grave que celle d’être banni du groupe. Car être exclu, c’était mourir. Mourir aux autres, au clan mais aussi à la vie. L’exclu perdait toute matérialité, toute existence, toute substance aux yeux de ses semblables dont le regard se détournait sans ménagement. Jusqu’à rendre son dernier soupir abandonné de tous…
Aujourd’hui encore, le nouveau-né vagissant dans les bras de sa mère, petit mammifère incapable de survivre seul, déploie lui aussi des trésors de séduction pour susciter chez celle qui l’a fait naître un attachement indestructible qui lui sauvera la vie. La sentence inexorable de l’abandon quand celui-ci survient ne crée pas qu’un traumatisme affectif, elle réveille la peur de la mort, la crainte de l’anéantissement. On comprend dès lors mieux pourquoi se sentir en marge du système peut déséquilibrer une existence et alimenter un mal-être continu. A travers le rejet, la tombe se rappelle aux souvenirs de l’exclu.
« Cesse de chercher ta place dans la vie, ta place te cherche » Kalif Ali
Retrouver sa place, se la réapproprier nécessite un travail sur soi qui mène avec plus ou moins d’intensité et de profondeur à l’histoire de nos aïeuls. L’analyse de l’arbre généalogique est la clé qui mène à la compréhension du traumatisme initial transmis à travers le canal de l’inconscient familial, véritable pont entre les générations.
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