
Le mal de mère
Maman, pourquoi n’es-tu jamais là quand j’ai besoin de toi ? Pourquoi refuses-tu de m’écouter ? Pourquoi ne cherches-tu pas à me comprendre ? M’as-tu désiré(e) ? M’as-tu un jour vraiment aimé(e) ? Comment soigner et aimer mes enfants alors que je porte en moi un manque, un mal de mère ?
De nombreuses femmes, à l’aube ou à l’apogée de leur maternité, sont confrontées à ces questions et aux souffrances qu’elles réveillent. Nombre d’hommes sont perdus dans leurs relations à l’autre sexe ou encore se sentent perplexes face à leur paternité naissante. Tout cela parce qu’un jour une mère défaillante n’a pas su, n’a pas pu leur apporter la sécurité nécessaire à un développement harmonieux.
Qu’elle soit mère trop ou pas assez aimante, castratrice, délétère, décalée ou absente, la femme qui nous a donné la vie joue pourtant un rôle indéniable dans notre existence, nous ne pouvons le nier. Ce lien tissé aux premiers jours de la vie intra-utérine préfigure avec plus ou moins de bonheur toutes les relations qui se construiront par la suite avec nos amis, nos amours, nos enfants, nos collègues et tous nos contemporains.
Gisèle, 50 ans, n’a jamais pu donner la vie suite un avortement vécu peu avant son mariage. Elle a fini par divorcer du père de cet enfant après des années d’incompréhension. Elle cherche aujourd’hui à refaire sa vie avec un homme qui l’aimerait telle qu’elle est. Sa mère, Marie, lui a toujours reproché d’être trop ceci et pas assez cela, de ne jamais faire ce qu’il faut, d’être stupide (« Tu es bête comme une oie, ma fille »), voire même d’être vivante... Le mari que Gisèle a choisi a tenu le même discours tout au long de leur union. C’est en travaillant sur elle-même et en investiguant dans son histoire familiale que Gisèle a découvert un secret bien lourd. Sa mère, cette femme si froide et narcissique, avait perdu son premier enfant peu après que l’homme qu’elle aimait soit parti pour les bras d’une autre. Ce traumatisme n’était pourtant pas une première, les fiançailles de sa grand-mère avaient aussi été rompues suite à une grossesse non désirée. Comment Gisèle aurait-elle pu aimer un homme et faire de lui un père alors qu’une grossesse était par définition source de rupture amoureuse ? C’est en comprenant les mécanismes en jeu dans la lignée féminine de sa famille et en rendant à chacune sa propre histoire que Gisèle s’est ouverte à rencontrer enfin l’homme qui lui correspond.
Cet exemple pose légitimement question. Tout compte fait, si les comportements parfois toxiques de notre mère n’étaient pas dus au hasard ? Si les blessures qui ont étés et sont encore les nôtres tiraient leur origine dans la vie de nos ancêtres ? Et si, quoi qu’on en dise, elles pouvaient se guérir…
» retour